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Le Journal Parlé de France Inter dans les années 1960

3 décembre 2013 par  
Classé dans : Annonces, français, Soutenances

Béatrice Donzelle annonce la tenue de sa soutenance de thèse d’histoire culturelle sur « Le Journal Parlé de France Inter dans les années 1960. Journalisme de service public et propagande en démocratie », le vendredi 6 décembre 2013 après-midi à l’Université de Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines, menée sous la direction de Christian Delporte.

Le constat d’une culture populaire en développement pousse le ministère de l’Information  à créer en 1963 une station de radiodiffusion de type généraliste à destination du « grand public ». Il s’agit d’utiliser les moyens médiatiques de masse pour informer, éduquer, divertir, et cultiver les citoyens, mais aussi pour asseoir la communication gouvernementale. La radiodiffusion est alors encore très largement devant la télévision, en termes d’équipement, de moyens de diffusion, et d’usages. Les journalistes et les journaux parlés de la station sont soumis à la tutelle du ministère de l’Information, notamment à travers le service de liaison interministériel pour l’information (SLII) et les briefings, réunions périodiques au cours desquelles le ministre reçoit les journalistes de la presse écrite, de la télévision, et de la radiodiffusion publique et privée. Cette mise sous contrôle est complétée par une restriction des moyens d’actions des journalistes face à leur hiérarchie, et accompagnée d’une politique de relations publiques interne à l’établissement. Cependant, les journalistes de France Inter veillent au quotidien à préserver leur autonomie et à respecter les principes déontologiques de leur profession.

Du lancement de France Inter en octobre 1963 à l’élection présidentielle en décembre 1965, le journal parlé prend le visage d’un instrument d’éducation civique à destination du grand public, avec l’objectif d’expliquer le réel et de lui donner du sens, tout en assurant la rapidité et la permanence de l’information face à la concurrence d’Europe n°1. Les pratiques, ancrées dans la tradition journalistique française, mêlent journalisme de collecte, et « new journalism ». De 1966 à l’été 1967, le journal s’oriente vers un style plus populaire, et use, pour tenir tête à la télévision, de procédés de séduction du public. La rédaction applique une séparation stricte des faits et des commentaires. Si la première période est caractérisée par la production d’un « discours » journalistique, la deuxième se distingue nettement par un recul du discours au profit du « récit ». Puis, à partir de l’automne 1967, récit et discours journalistiques se côtoient, de même que se mêlent, au sein d’éditions différentes, journalisme d’information et journalisme de communication.
Les états-majors de la radiotélévision publique et de la tutelle opposent la notion « d’information », vécue comme facteur de démocratie, à celle de « propagande », considérée comme malhonnête, manipulatrice, aliénante, et antidémocratique. S’ils rejettent et dénient l’idée d’avoir recours à des procédés propagandistes, la volonté d’influencer les journalistes de l’ORTF, et, par leur intermédiaire, l’opinion publique, est réelle. Dans le traitement de l’actualité diplomatique par le JP de France Inter de 1963 à 1969, cela passe notamment par une approche gallocentrée des événements mondiaux, une volonté de redéfinir les équilibres internationaux, d’amplifier le rôle de la France sur la scène mondiale, et d’amoindrir le poids des deux grandes puissances que sont les Etats-Unis et l’URSS. Dans la couverture de l’actualité intérieure, la politique de sensibilisation à la régionalisation s’inscrit dans une action de communication gouvernementale de longue durée. De même, pour assurer le maintien au pouvoir des gaullistes à l’issue de l’élection présidentielle de 1965, le SLII exerce une action permanente sur les producteurs du JP. Enfin, le conflit qui oppose la rédaction de France Inter à sa direction et au gouvernement lors des événements de 1968 illustre le poids des contraintes que représentent pour les journalistes ces tentatives d’orientation de l’opinion, mais révèle aussi leur capacité de résistance face aux pressions hiérarchiques et leur attachement au principe du droit à l’information.

Réseaux sociaux : des vertus démocratiques, journalistiques et littéraires ?

20 novembre 2013 par  
Classé dans : Annonces, français, langues, Soutenances

Valérie Jeanne-Perrier soutiendra son habilitation à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communication le lundi 2 décembre de 9 h à 13 h au CELSA, dans le grand amphithéâtre (Université de Paris Sorbonne, 77 rue de Villiers, 92200 Neuilly-sur-Seine). Le dossier présenté et organisé sous la direction du professeur Emmanuël Souchier s’intitule :
« Réseaux sociaux : des vertus démocratiques, journalistiques et littéraires ? »
Vous en trouverez la composition résumée en pièce jointe (trois éléments sont réunis : collecte des publications, synthèse du parcours de recherche et œuvre originale).
Le jury est composé de :
–        Milad Doueihi, professeur adjoint à l’Université Laval à Québec, Canada, titulaire de la Chaire de recherche sur les cultures numériques,
–    Joëlle Le Marec (rapporteur externe), professeur à l’Université Diderot Paris 7, UFR LAC (Lettres, Arts et Cinéma),
–     Franck Rebillard, professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3, Institut de la communication et des médias,
–         Emmanuël Souchier (garant de l’HDR), professeur au CELSA, Université Paris Sorbonne, membre du GRIPIC,
–    Manuel Zacklad (rapporteur externe), professeur au CNAM, Paris, Chaire expressions et cultures au travail, directeur du DICEN (Dispositifs d’information et de communication à l’ère du numérique),
–         Adeline Wrona (rapporteur interne), professeur au CELSA, Université Paris Sorbonne, directrice du GRIPIC.

Revista Brasileira de Ensino de Jornalismo faz chamada para 2014

14 octobre 2013 par  
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A Revista Brasileira de Ensino de Jornalismo (REBEJ), uma publicação científica do Fórum Nacional de Professores de Jornalismo (FNPJ), está aberta para o envio de artigos, ensaios, relatos de experiências, resenhas e entrevistas para sua primeira edição (volume 4, número 14) de 2014.

As contribuições envolvem o tema: « Jornalismo e movimentos sociais: reflexão sobre o papel da mídia ».

O prazo para o envio encerra-se no dia 07/04/2014. 

As normas para submissão encontram-se na página da revista. Para acessar, clique aqui

Thèse : William Randolf Hearst

24 mars 2012 par  
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Émilie LHOSTE soutient sa thèse :  « William Randolf Hearst  : un magnat de la presse en politique :(1887-1907). »

Soutenance publique en vue de l’obtention du doctorat en études Anglophones, Germanophones et Européennes qui se tiendra le 2 avril 2012, à 14h00 dans la Salle Bourjac, galerie Rollin au 17, rue de la Sorbonne à Paris.

Directeur :

M. SERGE RICARD, Professeur des universités

Membres du jury  :

M. JAMES COHEN, Professeur des universités –  Université Sorbonne Nouvelle – Paris  3
M. JEAN-PAUL GABILLIET, Professeur des universités – Université Bordeaux 3
M. BERNARD GENTON Professeur des universités – Université Strasbourg 2
M. MARIO MENENDEZ – Professeur des universités – I.E.P. de Rennes
M. SERGE RICARD, Professeur des universités – Université Sorbonne Nouvelle – Paris  3

Thèse : la managérialisation de la presse française

25 novembre 2011 par  
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Matthieu LARDEAU soutient sa thèse :

« Changement institutionnel et managérialisation: transformation de la presse quotidienne nationale française et des pratiques professionnelles journalistiques (1944-2010). »

Soutenance publique en vue de l’obtention du doctorat en sciences de gestion qui se tiendra le lundi 28 novembre 2011, à 09h00, dans les locaux de l’ESSEC au CNIT à La Défense (amphi 203)

RESUME

La presse de hard news connaît les prémices d’un changement institutionnel qui se
traduit en particulier par un processus de managérialisation des modes de gestion des
rédactions et des pratiques professionnelles journalistiques.
En mobilisant la théorie néo-institutionnelle, nous appréhendons ce phénomène à travers
l’analyse de conflits entre logiques institutionnelles définies par des sous-logiques
institutionnelles. On peut constater une érosion de la robustesse de la logique éditoriale
dominante (depuis 1944) dans la gestion des rédactions et des activités journalistiques au
profit de la logique business ou d’une nouvelle logique hybride managériale (qui combine
des éléments des logiques éditoriale et business).
A travers principalement des études ethnographiques menées au sein des rédactions de
La Croix, de 20 Minutes et du Parisien-Aujourd’hui en France (entre 2007 et 2009), nous
proposons une description des profils des journalistes-managers et une analyse de leur
pratiques quotidiennes pour montrer le rôle substantiel rempli par ces journalistes-managers
dans ce processus de managérialisation. Par ailleurs, nous identifions les trois situations
majeures dans lesquelles se trouvent aujourd’hui les groupes de presse quotidienne
nationale relativement à ce processus de managérialisation: des rédactions gouvernées par la
logique éditoriale qui reste dominante, des rédactions qui connaissent un changement de
logique dominante – passant de la logique éditoriale à la logique business – et des rédactions
engagées dans une voie médiane caractérisée par la recherche d’une logique institutionnelle
hybride en voie de pré-institutionnalisation.
Notre analyse socio-historique de ce changement institutionnel de la presse de hard news
(entre 1944 et 2010) conduit enfin à proposer une lecture prospective de la lutte sous-
jacente pour la détention du pouvoir de direction des groupes de presse que se livrent
actionnaires, managers et journalistes et au sein de laquelle nous identifions le rôle central
rempli par les journalistes-managers dans la définition et l’orientation à donner au processus
de managérialisation.

Mots clés: Presse de hard news, journaliste-manager, managérialisation, marketisation,
logique institutionnelle, sous logique institutionnelle, changement institutionnel

ABSTRACT

Hard news press faces the early beginnings of a deep institutional change through a
managerialization process of newsrooms’ and journalistic practices management.
Using the new institutionalism theory we assume to scrutinize this change through
studying emerging conflicts between institutional logics – and underlying institutional logics
– Inside newsrooms. We particularly notice that the strength of the dominant logic (since
1944 in France) – the editorial logic – that traditionally shapes and governs the newsroom
and journalistic practices’ management is eroding; thus sometimes the competitive logic –
the business logic –appears dominant or a new hybrid logic – combining elements from
editorial and business logics – comes up.

We have done extensive ethnographic studies inside newsrooms of three French major
national newspapers, La Croix, 20 Minutes, and Le Parisien-Aujourd’hui en France (from
2007 to 2009). As a result we offer a first deep description of the characteristics of journalist-
managers and analysis of their daily practices, and we show the major role played by these
journalist-managers in the managerialization process. We also identify the three major
situations that face the French Press groups regarded to managerialization: some
newsrooms are still ruled and shaped by the editorial dominant logic; some that face a shift
in the dominant logic – from the editorial to the business one; some that experience the
attempt to define a hybrid institutional logic that only appears at a proto-institutionalization
stage.
Our socio-historical analysis of this deep institutional change process that affect the hard
news press (from 1944 to 2010) finally invites to consider the evolution of the underlying
struggle for power to run the Press firms involving shareholders, managers, and journalists;
we assume journalist-managers play and will play the major role in shaping the orientation
and content of managerialization process.

Keywords: Hard News Press, journalist-manager, managerialization, marketization,
institutional logic, underlying institutional logic, institutional change.

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28 juin 2010 par  
Classé dans : Annonces, français, Soutenances

Adeline Wrona présentera, le 30 juin 2010, à 14h00, son Habilitation à diriger des recherches. La soutenance aura lieu au Celsa (petit amphi), à Neuilly sur Seine, et sera suivie d’un cocktail.

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L’objectivité sur le fil

19 janvier 2010 par  
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Eric LAGNEAU a le plaisir d’annoncer la soutenance de sa thèse de science politique, intitulée : « L’objectivité sur le fil : la production des faits journalistiques à l’Agence France-Presse » et dirigée par M. Gérard Grunberg, directeur de recherche CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po.
La soutenance aura lieu en public le lundi 25 janvier 2010 à 14 h 30 dans la salle François Goguel de Sciences Po, 56 rue des Saints-Pères, Paris 7e.

Résumé:

Pour quiconque s’intéresse au journalisme contemporain, la notion d’objectivité semble un point de passage obligé, puisqu’elle lui sert en quelque sorte d’étendard, et pas seulement dans le monde anglo-américain qui l’a brandi en premier. Mais le concept s’avère vite piégé. En fait de drapeau, c’est un bout de tissu rapiécé, soumis depuis ses origines au feu nourri d’une mitraille venue de tous les horizons, et qui se révèle d’un maniement sociologique fort peu commode. En dépit des inévitables querelles sémantiques, les questions soulevées à l’occasion des fréquentes controverses ordinaires ou scientifiques sur l’objectivité journalistique sont pourtant au cœur du sujet pour qui souhaite explorer le régime d’énonciation du vrai proposé par le journalisme et mettre en évidence son originalité (plutôt que son infériorité de principe) par rapport à d’autres régimes, notamment celui des sciences sociales (sans parler des « sciences dures »). Dans cette thèse, j’ai choisi délibérément de rechercher les moyens d’interroger scientifiquement la notion pour lui trouver une fécondité heuristique. Je questionne ainsi frontalement l’ambition du journalisme à dire-vrai. De quelles vérités les journalistes sont-ils capables, ou, plus précisément, quels genres de vérités énoncent-ils et dans/à quelles conditions y parviennent-ils ? Voilà les interrogations qui sont au cœur de cette thèse.

Je me suis plus précisément efforcé d’éclairer cet apparent paradoxe à tiroirs : aujourd’hui en France, si on prend au mot ceux que j’ai interrogés, on pourrait penser qu’il n’y a plus grand monde pour croire à l’objectivité journalistique, pourtant :

Journalistes, sources et publics continuent de s’y référer, surtout de manière négative, quand il s’agit de dénoncer des manquements à l’objectivité de la part des professionnels à propos de telle ou telle couverture.

Nombre de médias et de journalistes s’efforcent de tendre vers cet idéal, en se pliant à certaines règles professionnelles.

Des médias et journalistes y parviennent mieux que d’autres, certains même avec un relatif succès qui leur confère une autorité professionnelle indéniable.

Dans une perspective de sociologie pragmatique (ou sociologie des épreuves), en m’efforçant d’éviter certains écueils du socio-constructivisme dans l’analyse de la production des faits journalistiques, je me suis attaché à décrire le plus précisément possible cette action collective consistant à fabriquer une information jugée « objective ». Je propose ainsi un double déplacement du questionnement : du concept aux pratiques, et pour ce faire, du substantif (objectivité) à la forme adverbiale (objectivement) et à l’adjectif (objectif). L’objectivité en pratique, c’est une question de « méthodes » et de « résultats » : les journalistes travaillent plus ou moins objectivement et livrent à l’arrivée des comptes-rendus plus ou moins objectifs. Dans le prolongement de la sociologie américaine du « newsmaking », j’ai pris le parti d’analyser les questions professionnelles pratiques, mais aussi les enjeux politiques, soulevés par l’objectivité en m’intéressant en priorité à ce que les agenciers font très concrètement pour traduire le plus objectivement possible les événements et sujets qu’ils traitent. Comme l’une des auteures les plus représentatives de ce courant de recherche, Gaye Tuchman, j’ai choisi d’analyser le lien entre cette norme et la question de la critique. Si les journalistes font des efforts pour respecter méthodes et procédures incitant à mettre entre parenthèses leur subjectivité ou à cultiver l’impartialité, c’est en effet parce qu’ils anticipent les retours négatifs risquant de compromettre leur réputation, et celle de leur média. La critique est d’une certaine façon intégrée dans le processus de production des faits journalistiques.

L’hypothèse centrale de ma démonstration est cependant, à la différence de ce qu’affirme Tuchman, que le respect de certaines procédures, dispositifs et règles professionnelles permet effectivement aux journalistes de mieux réussir leur formatage des faits journalistiques et de produire des informations plus « objectives ». Plus précisément, on peut la découper en deux hypothèses complémentaires :

Plus les journalistes ont respecté les règles de distanciation professionnelles en procédant à une traduction, plus celle-ci a de chances de résister à des critiques sur son manque d’objectivité, et plus elle a donc de chances d’être jugée au final « objective » (ou à peu près « objective »).

Certains formats de diffusion et de production augmentent considérablement les chances des journalistes de respecter une ou plusieurs règles de distanciation (sans pour autant garantir un tel résultat). Je les appelle formats d’objectivité.

Le choix du terrain d’études pour tester ces hypothèses s’imposait alors presque de lui-même. Les grandes agences de presse représentent en effet une sorte de cas d’école pour l’analyse des formats d’objectivité. Pour une raison qui ne doit rien au hasard, j’ai choisi d’étudier, en alliant entretiens, analyse des formes et des contenus, observation ethnographique et même participation observante, la production des faits journalistiques dans l’une des trois agences mondiales d’information, l’Agence France-Presse. Moi-même journaliste à l’AFP depuis 1995, et étant incontestablement dans un rapport très particulier à mon objet et à mon « terrain », j’ai aussi analysé l’originalité de cette position de « chercheur-indigène », ses avantages et ses inconvénients.

Dans les exemples étudiés dans la première partie de cette thèse, j’ai prouvé que les efforts des agenciers pour se montrer les plus objectifs possible, ou plus exactement pour se conformer à des formats d’objectivité incitant au respect de plusieurs règles professionnelles de distanciation, ne sont pas sans effet sur la qualité de l’information produite. Ainsi j’ai montré que les faits journalistiques ne sont assurément pas des objets naturels que l’on pourrait ramasser simplement en se penchant comme des pierres. Certaines descriptions indigènes (par exemple la « collecte des faits ») sont à cet égard des raccourcis trompeurs. Mais il n’est pas sûr qu’on les définisse de manière beaucoup plus éclairante en les qualifiant de « constructions sociales ». Ils sont plus précisément les produits du travail des journalistes et des formats utilisés. Les faits effectivement sont formatés par l’Agence, mais si ce n’était pas le cas, ces faits ne pourraient pas être vérifiés, ni même sélectionnés et mis en récit (chapitre 1). La production des faits journalistiques peut être décomposé en effet analytiquement en trois opérations souvent mêlées dans la pratique : la vérification (ce sont bien des faits avérés) (chapitre 2), la hiérarchisation/sélection (ils sont suffisamment notables pour être mis en exergue) (chapitre 3) et l’interprétation/cadrage (ils sont présentés en liaison avec d’autres faits et cette relation leur confère un sens) (chapitre 4). Les formats agenciers sont à la fois des instruments et des contraintes pour les journalistes s’efforçant de mener à bien ces trois opérations. J’ai décrit la manière dont les agenciers pratiquent ces opérations, non sans difficulté parfois, mais avec une réussite certes inégale mais indéniable si l’on en juge par la réception de leurs traductions.

D’un point de vue politique, le problème n’est donc pas que les faits soient formatés mais comment, et si l’on peut changer ce comment, pour améliorer la qualité des traductions agencières proposées (et in fine la consistance des débats publics ?). Dans une seconde partie, j’ai exploré les effets de ces formatages et les réactions, surtout les plus critiques, qu’ils provoquent. J’ai souligné d’abord les enjeux de ces controverses en démontrant que l’AFP est une institution journalistique centrale qui exerce souvent une influence notable sur les traductions des autres médias pour les trois opérations de formatage (chapitre 5). Puis j’ai étudié les trois grandes familles de critiques relatives à des défauts d’objectivité que j’ai pu identifié à l’occasion des controverses mettant en cause ces dix dernières années les traductions de l’agence. La première pointe les défaillances ou, du moins, les limites des formats d’objectivité au regard de leur objectif premier qui est de rendre impossible le parasitage des traductions agencières par les partis-pris personnels des journalistes (chapitre 6). La deuxième, plus radicale, met en cause les partis pris liés aux formats eux-mêmes, les formats d’objectivité agenciers étant accusés de produire des « effets pervers » en contradiction avec les objectifs de distanciation recherchés, notamment en avantageant les sources institutionnelles (chapitre 7). La troisième, enfin, dénonce la mise en péril des formats d’objectivité du fait des tentatives pour les adapter à la nouvelle donne médiatique, au risque d’une dérive marchande de l’agence (chapitre 8).

Ainsi, je démontre aussi que le travail des agenciers serait tout simplement incompréhensible si on le réduisait à la mise en œuvre de cette exigence d’objectivité. Quand ils fabriquent les nouvelles, ils doivent aussi composer avec d’autres attentes de leurs partenaires de traduction : par exemple être capables de travailler vite, faire preuve de concision et simplicité dans l’écriture, mais aussi nouer des relations privilégiées avec des sources pour obtenir des informations en exclusivité. Le modèle grammatical de l’action emprunté à Cyril Lemieux et appliqué dans la thèse a permis de saisir les tensions résultant de la difficulté de concilier parfois ces règles de réalisme ou d’engagement avec les règles de distanciation. Ces tensions n’empêchent pas, en général, les agenciers de satisfaire les trois opérations nécessaires au formatage réussi des faits journalistiques (établir leur véracité, les hiérarchiser et les mettre en lien), même s’il leur faut souvent trouver des solutions pratiques pour tenir compte de l’inégale adaptation des occurrences du monde à leurs formats. Ils courent néanmoins toujours le risque de rater leur traduction en donnant la priorité à ces contraintes ou engagements, au détriment du respect attendu d’une règle de distanciation, et compromettre alors leur réputation d’objectivité, et celle de l’agence.

Le principal mérite de ma méthodologie est de rendre compte de la relative efficacité de cette solution agencière de l’objectivité par les formats, tout en soulignant ses limites et de ses difficultés. Sceptique sur les effets positifs des rituels d’objectivité, Tuchman relèverait sans doute que les formats d’objectivité agenciers n’offrent pas non plus de garantie totale en la matière. Elle paraît toutefois confondre dans son opprobre formats d’objectivité et règles de distanciation elles-mêmes. Mon modèle d’analyse, parce qu’il insiste au contraire sur la distinction entre formats et règles, permet de comprendre les critiques adressées aux premiers, assurément imparfaits, à partir des secondes. Au terme de l’analyse des récentes mises en cause de l’AFP, il apparaît que la limite la plus évidente des formats d’objectivité ne tient pas à leur difficulté à neutraliser entièrement la subjectivité des rédacteurs. Cela ne surprend pas si l’on veut bien se rappeler que ce ne sont pas les formats qui traduisent, mais des journalistes, à l’aide (et sous la contrainte) de formats. La plasticité – variable – et la souplesse d’usage de ces formats, encouragent certes des écarts de style mais elles sont aussi la condition de traductions agencières plus pertinentes.

Non, cette limite résulte avant tout d’une ambivalence fondamentale des formats d’objectivité eux-mêmes. À travers eux, il ne s’agit pas seulement pour l’AFP de mettre en place un dispositif qui contraigne les journalistes à être « vertueux », l’effort de distanciation devenant d’une certaine manière une question de réalisme. Les formats agenciers sont aussi conçus pour contraindre (et aider) les journalistes à travailler rapidement et à répondre aux nombreuses autres attentes de la clientèle, qui ne se limitent pas à obtenir une information exacte et impartiale. Ils sont donc « grammaticalement impurs », n’étant pas définis seulement par des considérations relevant des exigences de distanciation. Ils conduisent parfois les agenciers à se montrer, insuffisamment distanciés dans leurs traductions par excès de réalisme.

Il découle en effet de cette « impureté » deux conséquences importantes du point de vue de la revendication d’objectivité de l’AFP. Le souci d’efficacité industrielle inscrite également dans les formats rend en effet les agenciers particulièrement dépendants des sources institutionnelles pour la réussite de leurs formatages. C’est d’une certaine façon le prix à payer pour l’influence considérable de l’AFP dans le système médiatique français. Les formats d’objectivité n’encouragent pas avec autant de bonheur au respect de toutes les règles de distanciation. Nous avons montré que celle de la conservation de l’initiative pouvait plus facilement être relativisée par les journalistes de l’agence quand ils sont confrontés à ces sources institutionnelles. La dépendance à ces sources rend dès lors plus délicat le respect d’une autre règle de distanciation, celle de la polyphonie, se traduisant par un exercice imparfait du pluralisme dans les formatages agenciers.

Le respect de certaines règles de distanciation peut également se retrouver menacé par une évolution du style et des formats agenciers, sous l’effet d’un réalisme économique croissant dont cette entreprise de presse était jusqu’à présent relativement préservée. Ces transformations importantes répondent à la mutation profonde des mondes du journalisme et à la remise en cause du modèle économique des agences et j’ai pris garde à ne pas les décrire d’une manière exclusivement négative. J’ai néanmoins relevé que l’incitation à raccourcir les délais de traduction empêche parfois les journalistes d’honorer la règle du recoupement, et met en danger leur fiabilité, pourtant au cœur de la réputation d’objectivité des agences. Ils sont aussi invités à s’aligner davantage sur les attentes des clients ou les choix des concurrents d’une manière qui risque de compromettre leurs chances de conserver l’initiative dans la hiérarchisation et le cadrage des informations produites. Le risque est même de les voir perdre en partie la maîtrise de la définition des formats et leur capacité à relativiser, si nécessaire, la règle du respect de ces formats. Cette « tyrannie des formats », surtout lorsqu’ils favorisent moins la distanciation, menace le fragile équilibre du compromis agencier. Une telle transformation s’opérant de manière conflictuelle, comme le montre l’actuel débat sur la réforme du statut de l’AFP, les agenciers tentent d’apporter des réponses, individuelles ou collectives, aux aspects négatifs (pour leur capacité à traduire de manière distanciée) de certaines de ces évolutions. Compte tenu de l’importance de l’agence dans le fonctionnement du système médiatique français (et à un degré moindre, international), les enjeux politiques de ces luttes pour de meilleurs formats « afpiens », et une meilleure maîtrise de ceux-ci, sur la qualité du débat public (pluralisme, diversité et pertinence des données et sujets de discussion…) sont loin d’être négligeables.

Le jury sera composé de :
M. Bruno LATOUR, Professeur des Universités à l’IEP de Paris
M. Rémy RIEFFEL (rapporteur), Professeur des Universités à Paris-II (IFP)
M. Erik NEVEU (rapporteur), Professeur des Universités à l’IEP de Rennes
Mme Brigitte LE GRIGNOU, Professeure des Universités à Paris-IX Dauphine
M. Cyril LEMIEUX, Maître de conférences à l’EHESS
M. Gérard GRUNBERG, directeur de recherche au CNRS

Travail journalistique et composition du commun au Liban

30 novembre 2009 par  
Classé dans : français, Soutenances

Camille AUBRET soutient sa thèse :

Sur les chemins du public,
Travail journalistique et composition du commun au Liban

préparée sous la codirection de L. Thévenot (EHESS) et A. Beydoun (Université Libanaise)

Mercredi 02 décembre à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, (54 bd Raspail, 75006 Paris) à 14h, salle 445.

Extrait du résumé :

Notre thèse analyse conjointement le travail des journalistes de presse et des formes de publicité au Liban après 1990. Elle repose sur une enquête ethnographique, associant entretiens et observation participante menée entre juin 2003 et juillet 2007 auprès de soixante journalistes travaillant dans les sections politiques, locales et culturelles d’An Nahar, As Safir et L’Orient-Le Jour. Nous identifions des moments clés de la structuration du groupe professionnel et proposons une étude pragmatique des institutions (universités, syndicats, journaux) en charge de la définition de la profession. Resserrant le cadre d’analyse, nous examinons une variété d’engagements politiques et confessionnels manifestés par les journalistes dans leur travail quotidien et qui conduisent à la formation de liens spécifiques avec les publics. Nous nous intéressons également aux formes de critiques et d’argumentation propres à l’espace journalistique libanais.

Lire ici : Résumé thèse Aubret

Thèse : Les médias en kits pour promouvoir « la diversité »

21 novembre 2009 par  
Classé dans : Annonces, français, Soutenances

Aude Seurrat de la Boulaye soutiendra sa thèse en sciences de l’information et de la communication :

Les médias en kits pour promouvoir « la diversité » :
Etude de programmes européens de formation aux médias destinés à « lutter contre les discriminations » et « promouvoir la diversité

Résumé proposé par l’auteur : « La diversité » est une expression qui bénéficie d’une forte publicisation depuis une dizaine d’années. L’enjeu de la thèse est d’analyser comment les discours sur « la diversité » construisent des représentations des médias et, plus largement, de la communication. Ce travail se penche sur deux dispositifs européens de formation aux médias et étudie comment le politique vise à agir sur le symbolique afin de changer le social. Le travail articule des analyses des objets de formation, en l’occurrence des « kits », des observations participantes, ainsi que des entretiens. Les kits de formation proposés par ces dispositifs sont alors envisagés comme des technologies intellectuelles, des technologies herméneutiques qui orientent l’interprétation des médias et, enfin, comme des moyens d’instituer des valeurs.

Sous la direction de Emmanuël Souchier et de Yves Jeanneret

Mercredi 9 décembre 2009, à 14h
au CELSA
Grand amphithéâtre (rez-de-chaussée)
77, rue de Villiers
92200 Neuilly-sur-Seine

Thèse: la photographie à Libération

11 novembre 2009 par  
Classé dans : Annonces, français, Soutenances

Soutenance Louise Charbonnier

Thèse Louise Charbonnier

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