Agora Vox et présidentielles


La couverture des présidentielles

par des « journalistes amateurs et citoyens » : le cas d’Agora Vox.

Aurélie AUBERT, Post-Doc au laboratoire CIM, Université Paris 3 ; Membre associée du LCP, CNRS.

Enquête menée dans le cadre du projet LCP « Rôle et usages des médias lors des élections présidentielles de 2007 », à paraître (2009) Nouveau monde éditions.
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La campagne présidentielle française de 2007 se différencie en bien des points de celle de 2002 : agenda, acteurs, mais aussi supports traitant de l’actualité avec l’apparition de la « blogosphère » et des médias participatifs auto-qualifiés de « citoyens ».
En 2002, le rôle d’internet avait été cantonné à celui joué par les sites des candidats qui demeuraient un simple « coup de pouce » à la campagne de communication traditionnelle du candidat relayée par les médias de masse. Le « forum » du site n’existait souvent qu’à l’état embryonnaire et l’interactivité avec le candidat ne s’exprimait qu’au travers de la possibilité d’envoyer une question à ce dernier à laquelle il lui était possible ou non de répondre. La campagne de 2007 a pris acte des potentialités du web dit « 2.0 » en terme d’élargissements de la prise en compte de la parole publique et, en cela, le site Désirs d’Avenir animé par l’équipe de Ségolène Royal a incarné une possibilité pour les citoyens de participer au débat présidentiel à défaut de contribuer réellement à l’élaboration d’un programme politique. Entre temps, en 2005, la « blogosphère » avait fait une entrée en scène fracassante en bousculant le traitement de la campagne référendaire en vue de l’adoption d’une constitution européenne, accréditant l’idée selon laquelle l’information sur internet était une alternative à l’information traitée à la radio, à la télévision et dans la presse et pouvait également modifier l’issue d’un vote.
Il nous a semblé pertinent d’introduire dans cette analyse de l’agenda de la campagne électorale de 2007 l’exemple de la couverture de la campagne sur un site internet d’information généraliste élaboré non par des journalistes, mais par des internautes, individus qui, dans leur grande majorité n’exercent pas la profession de journaliste, mais se positionnent dans leurs contributions comme de simples “citoyens ». Notre attention s’est donc portée sur le site Agora Vox , initiative la plus aboutie de média participatif à l’époque de la campagne électorale.

Agora Vox a été lancé en 2005 sur une initiative de Joël de Rosnay et Carlo Révelli s’inspirant de plusieurs initiatives du même type existant de par le monde (dont celle d’Oh my news en Corée). Le constat de départ des fondateurs est de considérer que, grâce à la démocratisation effective du multimédia et des NTIC, « tout citoyen peut devenir potentiellement un « reporter » capable d’identifier et de proposer des informations à haute valeur ajoutée ». La politique éditoriale d’ Agora Vox consiste « à mettre librement à disposition de ses lecteurs des informations thématiques dans la mesure du possible inédites, détectées par les citoyens ». Les articles sont publiés sur le site après modération .

Interroger la couverture de la campagne électorale sur un site de ce type vise à (ré)introduire le rôle des publics et des citoyens dans cette couverture ainsi que dans la médiatisation de certains enjeux électoraux tout en questionnant la pertinence de cette prise de parole. Etudier la parole publique sur un site comme Agora Vox présente également un intérêt du point de vue comparatiste. A la télévision, la parole politique est très strictement encadrée par les règles du CSA. Le site étudié ici est un site modéré qui permet tout d’abord d’éviter les débordements mais qui a également comme conséquence de proposer une certaine pluralité des positionnements politiques sans gommer des prises de position caractérisées dont on voit qu’elles n’ont pas de place dans les journaux télévisés. On a assisté à une disparition des « experts » sur les JT en ce qui concerne les reportages consacrés à la campagne électorale. Le support internet, au contraire, en procédant à une ouverture – relative – de l’espace public devrait donc permettre de voir apparaître davantage d’experts s’exprimant sur les questions économiques ou sociales débattues à l’occasion de l’enjeu électoral.
Enfin, ce comparatisme peut s’exercer par rapport au genre des articles proposés sur ce support qui diffère fondamentalement d’un reportage télévisé, voire d’un article factuel de la presse écrite. Le genre des papiers d’ Agora Vox mêle le genre de la tribune libre lisible dans les pages « opinions » de la presse avec celui de l’information factuelle. Enfin, la possibilité d’intégrer des vidéos dans les posts achève la transformation du genre de ces contributions politiques d’internautes.
Cette étude de la couverture de la campagne électorale menée par les internautes d’ Agora Vox entre le 14 janvier et le 6 mai 2007 s’établit grâce à une analyse des contributions parues entre ces deux dates codées selon plusieurs questions, notamment le genre des articles publiés sur Agora Vox , un relevé exhaustif des candidats les plus fréquemment cités dans les articles, ainsi que les thèmes des articles pour permettre d’évaluer l’agenda proposé par ce support. Enfin, nous avons également relevé les sources d’information citées par les internautes.

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